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Philipe Piat : « Je suis fier de mon record ! »

Président de l’UNFP (syndicat des joueurs professionnels français) depuis 1969, et de la FIFPRO (son homologue mondial) depuis 2013, Philippe Piat est un syndicaliste pas tout à fait comme les autres. D’abord parce qu’il défend une corporation qui n’est, a priori, pas à plaindre. Ensuite parce qu’il est toujours, à 74 ans, détenteur d’un des plus vieux records du foot amateur français. 

M. Piat, ceux qui connaissent votre parcours, de joueur et de dirigeant au service de la cause des footballeurs, savent que vous avez consacré votre vie au football. Comment êtes-vous tombé dans cette marmite ?

J’habitais en Algérie et c’est dans la cour de mon immeuble que j’ai appris à aimer le foot ; J’avais la chance d’avoir un voisin qui partageait ma passion et qui a également fait une carrière professionnelle, Jean Baeza, à Monaco, Cannes et Lyon. Mon père étant fonctionnaire, quand nous sommes arrivés en métropole, j’ai rapidement signé, avant-centre, à Dijon où j’ai d’abord joué dans les équipes de jeunes avant de me faire remarquer en CFA où j’ai été le meilleur buteur de France. Encore aujourd’hui, je fier d’un record de but qui tient toujours. J’avais mis 30 buts en 1964-1965, à une époque où il n’y avait que 22 matchs dans la saison (1,36 buts par match !). Cela m’avait aussi valu d’être international amateur. Et chez les pros, j’ai mis 107 buts… (pour 250 matchs de L1 et une coupe de France gagnée avec Strasbourg en 1966 : ndlr) à Strasbourg, Monaco, Sochaux et Laval où j’ai fini ma carrière. 

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le syndicalisme ?

C’est Michel Hidalgo, qui était président de l’UNFP, mais qui quittait son poste pour aller vers la DTN, qui m’a proposé pour lui succéder. J’ai été élu en 1969 et je suis toujours en poste depuis, ayant même accédé à la présidence de la FIFPRO, le syndicat mondial en 2013. Je pense avoir été sensibilisé à cette cause par mon histoire personnelle. Alors que je jouais à Cannes, Strasbourg souhaitait me recruter mais n’a pas pu le faire car l’AS Cannes souhaitait effectuer un transfert qui ne se justifiait absolument pas. Je n‘avais fait que quelques matchs avec ce club avant de me blesser et de partir faire mon service militaire. J’avais trouvé ça injuste et cet épisode de ma vie a certainement réveillé en moi la volonté de m’engager pour lutter contre ce genre d’injustices.

« LE FOOT PRO PREND UN MAUVAIS CHEMIN »

Depuis quels furent les grands combats de votre vie de dirigeant ?

Le premier fut la grande grève de 1972 qui déboucha sur la rédaction d’une convention collective des métiers du football, qu’on appelle la Charte du football, qui est actualisée tous les ans et qui régule les rapports entre les joueurs pros et leur club. Le second est à venir qui tend, dans le cadre de la FIFPRO, de mettre fin au système des transferts. J’étais au siège de la FIFA hier (jeudi 18 février 2016) pour cela. Nous avons déposé une plainte le 18 septembre dernier devant la Commission européenne pour contester un système qui est arrivé à bout de souffle et qui menace selon nous d’exploser. 

Etes-vous optimiste sur ses chances d’aboutir ?

Comme avant un match : si on se présente sur le terrain, c’est pour le gagner. Nous avons des arguments importants. On voit bien que trop de choses anormales se passent dans le milieu du foot pro, qu’on traite des joueurs comme de la marchandise, qu’on est parfois pas loin de l’esclavage, qu’on en appelle à un tribunal, à Lausanne, qui n’est pas indépendant, que les agents de joueurs s’en mettent plein les poches etc etc… 

Etes-vous conscient que le grand public a peut-être du mal à associer le mot esclavage avec footballeur professionnel ?

Oui, je le conçois, mais cette première impression ne résiste pas à une analyse poussée de la situation. Il y a 65 000 joueurs professionnels sur la planète et 60 000 traînent la savate ! Il faut aussi avoir en tête que si un acteur ou un chanteur peut exercer son métier jusqu’à sa mort, la carrière d’un footballeur ne dépasse que rarement la dizaine d’années. On se bat donc pour améliorer la situation de tous les footballeurs et ma foi tant mieux si les meilleurs, les mieux lotis, en profitent. 

Quelles relations avez-vous avec les agents de joueurs ?

Normalement, elles ne devraient pas être bonnes car on souhaite liquider un système dont ils profitent un maximum. Nous voulons qu’ils soient payés, non pas par le club ce qui est le cas aujourd’hui, mais par le joueur lui-même, pour éviter les conflits d’intérêt. Mais on est conscient qu’un joueur qui joue la Ligue des Champions, qui est international et qui a des contrats publicitaires importants, a besoin d’être accompagné. Nous ne sommes pas contre les agents en tant que tels mais contre le système qui les alimente. 

Depuis le temps, conservez-vous la même passion pour le football ?

Oui… même si je suis de plus en plus circonspect par la tournure tout business que prend le football aujourd’hui, avec son système des TPO (la tierce propriété fait qu’un joueur peut appartenir à plusieurs sociétés en même temps : ndlr), avec des transferts qui atteignent des sommes disproportionnées même parfois pour des joueurs parfois très moyens. Le foot prend clairement un mauvais chemin.

« LES PROS N’ONT PAS DE LECONS A RECEVOIR DES AMATEURS ET LORSQUE C’EST LE CAS ON TOBE SOUVENT DANS LA DEMAGOGIE »

D’où votre volonté de le réformer. Cette réforme des transferts peut-elle avoir autant d’impact que l’arrêt Bosman ?

Oui, c’est de la même nature. Cet arrêt Bosman, tout le monde s’en plaint mais tout le monde en profite, les clubs qui ont vu leur budget exploser, les agents qui n’ont jamais autant gagner d’argent, et les joueurs également. C’est pour cette raison qu’il est très difficile de faire passer une telle réforme, parce qu’elle peut aussi se retourner contre son but premier. Mais mettre fin au système des transferts permettrait d’éviter que la bulle explose. 

Sans ça, vous pensez que la bulle spéculative qui maintient l’économie du football sous perfusion peut exploser ?

Evidemment, et le processus est déjà entamé. S’il est encore peu perceptible dans les grands pays comme l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, il est une réalité dans la plupart des Pays de l’est, mais aussi au Portugal et en France où de plus en plus de joueurs ont du mal à se faire payer. En Europe de l’est, certains joueurs sont amenés à faire la grève de la faim. Ce genre de situations fleurit de plus en plus. Le train est lancé. 

Comment vous positionnez-vous dans le rapport foot pro-foot amateur, qu’on a souvent tendance à opposer ? 

Pour atténuer une opposition qui n’a pas lieu d’être, je pense d’abord qu’il devrait y avoir davantage de retombées financières qui dégringolent jusqu’à la base. Elles existent mais ne sont pas suffisantes à mon sens. Ensuite, on considère souvent, à tort, que les pros donnent le mauvais exemple aux amateurs. Je crois que c’est faux. On ne voit jamais de joueurs frapper des arbitres en L1 ou en Ligue des Champions, or c’est monnaie courante sur les terrains des clubs amateurs. Chaque fois que j’assiste à des matchs de gamins, je suis également catastrophé de voir l’attitude des parents et des spectateurs autour des terrains, envers l’arbitre, l’équipe adverse. Il y a peu d’endroits où se manifeste avec autant de virulence le chauvinisme et le manque de fair play. Donc à ce niveau, les pros n’ont pas de leçons à recevoir des amateurs et lorsque c’est le cas on tombe facilement dans la démagogie. 

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